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Atypeek Mag N°2

Published by Atypeek Mag, 2017-04-06 12:08:18

Description: Magazine collaboratif d'Atypeek (Musique - Mode - Design - Tattoo - Cinéma - Geek - Sub Culture - BD...) www.atypeek.fr

Keywords: Sub Culture,Music,Design,Cinema

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K I B L I N D ATYPEEK MAG #02AAA R G ! TRIMESTRIELSURL COLLABORATIF www.atypeek.frSIÈCLE DIGITAL D’ACTUALITÉSsilence and sound G ÉNÉRALES Janv. Fév.C I T I Z E N J A Z Z Mar. 2017STAR WAXD ig I t ! NOUVEAUL A S P I RA L E L’actualité culturelle :I ndie R ock M ag le condensé trimestrielUNION des meilleurs médias W-FENEC compilésSCORE A/V Une sélection des meilleursc h romati q ue reportages et interviewsXPRESSION Découvrez nos chroniquesEXIT MUSIK d’albums, clips, livres,XSILENCE DVD, accessoires— design et mode… La scène indépendante MUSIQUE en imagesPeaches PRIX LIBREAl’TarbaGreg GraffinGuillaume PerretPtôseJozef Van Wissem—DESIGNGABE BARTALOSLE VILLAGED E S C R éateursA ntoine G ary—C I N émapoT E M kineF ilms “ politi q ue U S”—L I T T ératureRÉMI SUSSANG erard E vansV ladimir N abokov—STREET CULTURETattooismearka ï c skateboard—SEXYcOMME UNE COUILLEDANS LE POTAGE—BDDAV GUEDINMIKA PUSSE


PEACHES ©Daria Marchik Peaches ©DR - Peaches Devenue icône branchée, elle sort deux albums supplémentaires Fatherfucker en 2003 et Impeach My Bush en juillet 2006. En 2012, elle écrit, réalise, et joue dans le film Peaches Does Herself, un opéra électro-rock qui s’inspire de l’histoire de sa vie. Une belle leçon de vie ! Vous retrouverez dans ce magazine une interview inédite de Peaches par Ira. Atypeek Magazine, fort d’un premier numéro qui a dépassé nos espérances, voici donc le N° 2 d’Apypeek Mag, en version augmentée. Peaches y fait une incursion prononcée, finalement Crass ne lèvera pas dans ce numéro le voile sur une partie de son histoire dans un livre de George Berger. ÉDITORIA


ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 3 Rejoignez-nous sur notre https://www.facebook.com/Atypeek Pour les cinéphiles, une rétrospective sans Un peu plus loin Gabe Bartalos fait le OURS précédent de Potemkine, qui entre dans grand écart avec Rémi Sussan dans un l’année David Lynch entre autres. Côté bestiaire forcément contemporain et Rédaction : couille dans le potage on tire aussi côté bien Freak. Atypeek - 21 Rue Prof Weill salles sombres. Dans l’obscurité Al’Tarba 69006 Lyon - France se dévoile quelque peu, comme Jozef Christophe Féray Van Wissem et Greg Graffin d’ailleurs. Rédacteur : Atypeek Mag Christophe FérayL #02 [email protected] Graphisme : Atypeek Design Distribution : Digital Publishing Platform for Magazines N° ISBN : 9782955693629 Commission Paritaire : ISSN 2497-8035 Contributeurs : Léa Vince - Juan Marcos Aubert - Jonathan Allirand - Roland Torres - Maxime Lachaud - Hazam - Fisto (Olivier Cheravola) - Oli - CF - Aleksandr Lézy - Antoine Gary - Pierrick Starsky - Valentin Blanchot - Arnaud Verchère - Robin Ono - Laurent Coureau - Ira Benfatto - Flore Cherry - Mika Pusse - Jérôme Tranchant - Alain R. Zoom : Peaches - Al’Tarba - Greg Graffin - Guillaume Perret - Ptôse - Jozef Van Wissem - Gabe Bartalos - Le Village des Créateurs - Le Géant Vert - ROVT Design - Potemkine - Rémi Sussan - Vladimir Nabokov - Dav Guedin - Mika Pusse - Antoine Gary - Tattooisme - Arkaïc Skateboard… Publicité : [email protected] Atypeek Mag est une publication d’Atypeek™.


4 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 www.atypeek.fr PEACHESAL’TARBA le fléau Greg Graffin PTÔSE ENTERTAINER hollandais ‘Millport’ Vers d’oreille INTERVIEW Jozef Van Ira BenfattoStar WaxWissemInterview Interview et Christophe Féray Robin Ono, Maxime Lachaud 18-21 Interview Journaliste JournalisteATYPEE8-17 Robin Ono, Journaliste 30-34 36-43 22-27 CARNET Marques & RÉMI SUSSAN COMmE UNE SCHLAASSS DE VOYAGE consomma- LES UTOPIES COUILLE teurs : les POST-HUMAINES DANS LE POTAGE BD de Mika Pusse MONGOLIE rituels à l’ère www.schlaasss.fr Alice Féray du digital Interview Chronique Photographe La Spirale, propos Union 164-167 Article de Laurent Coureau Flore Cherry, 132-139 Journaliste Journaliste Siècle Digital Valentin Blanchot 148-157 160-161 JournalisteGreg Graffin © DR SOMmAIR142-145 © DariaMarchik


ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 5 Janv./Fév./Mars 2017 GUILLAUME CHRONIQUES LE GÉANT VERT Blanc comme TATTOOISME 3 Brice Dans la cuisine PERRET : ALBUMS neige Baleydier DE Dav Guedin Wild Wild JAZZ & Singles Article Fred Inhvader Mode Chris Coppola Créateur de Interview Interview Chroniques Kiblind Magazine Journaliste Arkaïc Skateboards AAARG ! J. Tourette ROVT Design Pierrick Starsky, Jonathan Allirand50-81 Journaliste 108-111 112-117 Journaliste Journaliste Le Village MAG102-103 des Créateurs 124-131EK44-47 104-107 Les DIX POTEMKINE séléctions LE LIVRE DU MOIS LOLITA La scène meilleurs Les mystères POTEMKINE indépendante  films sur du K inversé George Berger : CHRONIQUE en images la vie Jérome Tranchant L’histoire de Crass Vladimir Nabokov politique DOSSIER et Maxime Lachaud Par geminway.com Galerie Photos américaine Maxime Lachaud Journalistes Hazam, Journaliste / avec Nils Bouaziz 200-203 Photographe Rubrique Cinéma 186-199 Jérôme Tranchant, 174-185 204-209 JournalisteE #02170-173 Magazine trimestriel collaboratif réalisé à l’initiative d’Atypeek Music


6 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 Musiques en sous-Sol


Janv./Fév./Mars 2017 © DR Jonathan Allirand - Journaliste LE CAHIERDES CURIOSITÉS PEACHES PTÔSE ENTERTAINER Vers d’oreille Interview Interview Ira Benfatto, Journaliste Maxime Lachaud, Journaliste et Christophe Féray GUILLAUME PERRET AL’TARBA Wild Wild JAZZ Interview IInterview Star Wax Jonathan Allirand, Journaliste Juan Marcos Aubert, Journaliste CHRONIQUES le fléau hollandais ALBUMS & SinglesJozef Van Wissem Interview instantanés Robin Ono, Journaliste des copains/Copines BAD RELIGION VIDéoclipS Greg Graffin Chronique Léa Vince, Journaliste ‘Millport’ Interview Robin Ono, Journaliste ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 7


8 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017INTERVIEWARTISTE PEEANCTHEERSTAINERTexte : Ira Benfatto Interview : Ira Benfatto ET Christophe Féray INFOS : www.facebook.com/pg/officialpeaches/ Entertainer [ˌentəˈteɪnəɼ] noun clubbers, les post-féministes, le milieu de la mode et les freaks [comedian] comique m, amuseur m, de tous horizons. amuseuse f D’icône de l’underground, elle devient icône queer avec son 2e [in music hall] artiste mf (de music hall), opus, Father Fucker (2003). Elle s’y joue des questions de genre, apparaît avec une barbe sur la couverture, s’approprie et renverse fantaisiste mf les clichés macho rock ’n’ roll, en mode riot grrrl. Jusqu’à marquer les esprits de manière indélébile, au point que plus un article ne -Traduction du Larousse manque de la qualifier de reine des queers ou de l’aborder sous l’angle du féminisme.Fin des années 90, Toronto et les rivages du lac Ontario. La mu-sicienne Merill Beth Nisker éprouve le besoin de se réinventer. Quatre albums et 13 ans plus tard, c’est au-dessus d’uneElle s’achète un Roland MC505, travaille seule sur un nouveau bassine, la tête recouverte d’une serviette chaude, que nousson et se découvre une autre façon de chanter. « Peaches » est la retrouvons dans sa loge de l’Épicerie Moderne. Exténuéenée. Lovertits, son 1er EP de six titres, sort en 2000. Sonorités par un mois sur les routes, au rythme effréné des dates quiminimales, sales, et paroles explicites, son attitude séduit le s’enchaînent. Car une nouvelle mutation s’est opérée chezlabel allemand Kitty-Yo. Peaches au travers de ses deux derniers albums, clairement plus accessibles. Ses mélodies sont plus complexes et sesDans la foulée, la Canadienne déménage à Berlin pour y enreg- textes autobiographiques.istrer son premier album studio, The Teaches of Peaches (2000).L’album devient culte et marque la pop-culture. Et bien que le Le sexe est toujours présent mais l’engagement politique plussuccès commercial ne soit pas encore au rendez-vous, elle se diffus. Et son débit si spécifique s’entrecoupe désormais devoit propulsée au rang de superstar de l’underground. Influencé refrains chantés sur des boucles plus disco qu’electropunk.par Joan Jett, Iggy Pop, les Bikini Kill, le cinéaste John Waters Quitte à décevoir ses fans de la première heure qui le déplorent,et la photographe Cindy Sherman, son personnage séduit les c’est une réelle volonté de sa part, un choix artistique assumé.


“Elles ne devraient passe préoccuper de ce que pensent les mecs parcequ’ils veulentjuste s’insérer dedans, ils se fichent de ce à quoi il ressemble” PEACHES © DR ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 9


INTERVIEWARTISTE À SAVOIR Véritable bête de scène, Peaches s’est imposée sur la scène queer de Berlin comme la nouvelle icône de la musique électro par ses paroles ouvertement sexuelles et ses costumes provocants...© Elodion “Jusqu’à éjaculer littéralement roses vifs, exécute une séance d’aérobic entre deux morceaux sorte de sur le public...” moment improbable où Jane Fonda rencontre John Waters, porte des bodies monstrueux à seins multiples, jette au public la serviette avec Mais s’il est une chose que Peaches a toujours été et sera toujours, laquelle elle vient de s’essuyer les aisselles et l’entrejambe. Ses shows c’est une vraie bête de scène. Une femme de spectacle, ce qu’elle nous sont une invitation à la fête, à la fièvre et à l’excès. Toujours avec a encore prouvé ce soir-là. Une fois le rideau levé, la discrète Merill cette note d’humour qui manque souvent aux scènes électroniques. s’efface et le monstre « Peaches » prend vie, possédant non seulement son corps, mais la scène toute entière. Et quand Peaches fait son show, elle nous en met plein la face. Au sens propre, comme au figuré. Jusqu’à éjaculer littéralement sur le public, en Changements de costumes multiples, tous plus extravagants les uns actionnant une pompe nichée dans son gland de plastique boursouflé… que les autres, chorégraphies, utilisation d’accessoires, petites saynètes comiques, elle utilise et maîtrise tous les rouages du music-hall. On Vaginoplasty, le sujet est assez improbable mais vraiment symp- quitte la dimension du seul concert pour intégrer celle d’un « Rocky tomatique du mal de notre temps, pourtant il semble que tu sois Horror Peaches Show ». Dimension fantasque, kitch et débridée, où le la première à parler de ce sujet dans un morceau sexe est omniprésent : coiffes en forme de vagin, simulation de plan à trois avec ses danseuses, rayons lasers échappés des entrecuisses Oui, je trouve juste très triste que de jeunes filles pensent que c est et bite translucide géante qui se développe au-dessus du public. cool d avoir le vagin parfait. Elles ne devraient pas se préoccuper de ce que pensent les mecs parce qu’ils veulent juste s’insérer dedans Peaches dit de ses shows qu’ils sont à son image, avec beaucoup [elle pointe son entre jambe du doigt] ils se fichent de ce à quoi d’autodérision. Elle apparaît sur scène dans une boule géante de poils ça ressemble. J’ai lu des statistiques disant que plus de 200 % de femmes ont subi cette intervention en Angleterre et ce, sans aucune10 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 raison médicale.


“tu sais, je finance tout © Christophe FérayOui, Vice Cooler est un ami, on a travaillé ensemble moi-même. sur l’album. Il est vraiment talentueux. J’ai tout En plus je fais tout produit en un an, en travaillant 10 heures par jour. toute seule, de la conception J’ai juste fait ça dans mon garage, une pièce qui fait de la musique aux clips” peut être 2 fois la taille de celle-ci [ndlr: la loge était d’environ 2 m sur 4] et ça, c’est peut-être punk maisC’est juste fou ! Si c est pour raison médicale, je veux sinon, pour moi je serais plutôt une hippy, tu voisbien, mais pour l’esthétique ça n’a aucun sens ! Et ce que je veux dire, je veux rassembler les gens,puis vous sortez de ce truc, pourquoi vous en avez les emmener sur des projets avec moi. Je supposeaussi peur ? (rire) que les hippies et les punks ont ce point commun, ce truc de rassemblement. Disons que ma musiqueCe dernier clip est sorti récemment, soit 1 an et est plutôt punk mais que dans ma tête mon attitudedemi après la sortie de l’album, ce qui est surpre- est plus hippy.nant dans une logique promotionnelle classique,peux-tu nous en parler ? ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 11C’est pour des questions d’argent, tu sais, je financetout moi-même. En plus je fais tout toute seule, dela conception de la musique aux clips. Je n’ai pasle temps de faire toutes les vidéos. Je ne veux pasimpliquer trop de gens extérieurs et préfère lesréaliser moi-même, et ça prend du temps. Je fais çadepuis mon premier album, je faisais beaucoup desuper 8 à l’époque.Pour la promotion, encore, c’est moi qui finance toutet c’est aussi un travail d’équipe. Ça dépend où jesuis. Pour cet album j’étais à LA, j’ai donc réuni unecommunauté de gens là-bas, des amis en qui j’aiconfiance et qui ont du talent.En parlant de gens talentueux, tu as produit Rubavec Vice Cooler qui, et ça te va bien, a commencésa carrière dans un groupe plutôt punk, XBXRX.Henry Rollins dit de lui que c’est une sourced’inspiration, toi qu’il est le meilleur show-manau monde…


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INTERVIEWARTISTE “Disons que ma musique pour les plus jeunes, les jeunes filles, queers ou peu est plutôt punk mais importe, alors qu’en fait non ! Ça ne l’est pas ! Ils que dans ma tête n’ont aucune idée de ce qui les influence, les inspire, mon attitude est plus hippy” les motive. Et ça fait plaisir à entendre. Après bien sûr, je les aide si je le peux. On en revient encore Il avait aussi réalisé 2 clips sur ton avant-dernier à cette notion de « communauté ». Pour moi l’idée album (Burst et Mud) et Close Up sur celui-ci, qui n’est pas de faire son truc tout seul dans son coin est un featuring avec Kim Gordon (Sonic Youth). et de s’élever toujours plus haut, je ne trouve pas Comment tu en es venue à collaborer avec elle ? ça intéressant. J’ai rencontré Sonic Youth parce qu’on a travaillé en- © Christophe Féray semble un temps. Puis dernièrement j’ai acheté une petite maison à LA (c’est là que j’ai produit l’album) et Kim a emménagé dans le coin juste quand j’y étais. Un jour, on traînait toutes les deux et je lui ai juste proposé de faire un peu de musique. Ça s’est fait comme ça, dans la seconde. Simonne Jones dit de toi : « à 15 ans, j’ai vu mon premier concert de Peaches. C’était comme un spectacle de cirque dégénéré. J’ai découvert ce qu’était un godemiché, vu pour la première fois un travesti, c’était fort. Plus rien n’a été comme avant après ce concert ». Tu es une des rares ar- tistes internationales qui n’hésite pas à pousser les groupes ou artistes qui te plaisent. C’est important pour toi ? Déjà, ce sont eux qui doivent me trouver et on ne leur facilite pas la tâche. Par exemple, Youtube supprime pas mal de mes vidéos. Et c’est marrant comment aujourd’hui beaucoup d’artistes viennent me voir en me disant qu’ils étaient fans de moi quand ils avaient genre 12 ans ! Et ça me fait vraiment plaisir parce que les gens pensent que je suis trop trash14 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017


À SAVOIR Originaire du Canada, transportée à Berlin ou elle vit désormais, Peaches est, sans doute bien malgré elle, devenue une icône… PLUS D’INFOS© DR http://urlz.fr/51oe“C’est marrant Cooper (rire). Donc c’est avant tout une histoire comment aujourd’hui de famille mais je pense que donner une visibilité beaucoup d’artistes viennent à des artistes comme lui est toujours pertinent, me voir en me disant surtout aujourd’hui avec toutes ces idées radicales qu’ils étaient fans de moi qui explosent à travers le monde. Mais il ne faut quand ils avaient genre pas perdre de vue qu’il est avant tout question de 12 ans!” divertissement et de liberté d’expression et pas seulement de la communauté LGBT ou des femmes.Il y a également Christeene dans un de tes clips, Ça s’adresse vraiment à tout le monde !et que tu as invité à faire la première partie deta tournée US, peux-tu nous parler de cette dy- Mais oui, il faut mettre du sens dans ce qu’on fait.namique que tu impulses et qui dans ton sillage Si tout est fade, ça n’a aucun intérêt pour moi.permet à une scène « queer » ou « riot grrrl » Beaucoup de mon malaise vient du fait que toutde se développer et toucher les médias ? D’ouvrir est si lisse et désincarné, ça me met vraiment endes débats ? colère. En gros, je veux juste que les gens se sentent bien dans leur corps. Je me bats pour qu’ils n’aientChristeene, c’est comme ma sœur d’une autre mère. pas la sensation de devoir se soumettre à une règleChristeene est juste Christeene, c’est le mec le plus sociale, politique ou religieuse qui leur interdiraitgentil qui soit, avec dans le cœur la noirceur d’Alice d’être qui ils sont vraiment. ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 15


INTERVIEWARTISTE


“Ils me laissent m’exprimer Le film a été joué dans 70 festivals à travers le monde sur des sujets mais ne et, pour une raison que j’ignore, n’a jamais été diffusé me laissent pas me produire en France. Il n’a été distribué qu’en Allemagne et à l’antenne, ce qui n’a au Canada, mais vous pouvez le trouver sur Vimeo. aucun sens, mais ils se mettent à flipper genre Quels sont tes prochains projets ? La prochaine - elle va retirer étape ? toutes ses fringues et porter un gode ceinture” Dormir ! Un bon long sommeil (rire) sinon je viens juste de faire un morceau avec Mr. Oizo, c’étaitêtre défricheuse ou lanceuse d’alerte, y a-t-il un vraiment drôle. Nos deux univers ont bien matché,prix à payer ? c’était cool.Je paye plus le prix de mon propre épuisement en© DRétant en tournée, tu vois, parce que je ne suis pas © Christophe Féraydans les radars des chrétiens et autres radicaux.Je ne suis pas beaucoup médiatisée. Ils ne me dif-fusent même pas à la télé américaine. Ils me laissentm’exprimer sur des sujets mais ne me laissent pasme produire à l’antenne, ce qui n’a aucun sens,mais ils se mettent à flipper genre - « elle va retirertoutes ses fringues et porter un gode ceinture ». Jereste donc définitivement underground.Parle-nous de ton long-métrage sorti en 2013Il s’appelle Peaches does herself. C’était donc avantRub, j’avais repris mes 4 albums précédents pouren faire une espèce d’autobiographie épique. C’estune version exagérée de mes shows sous forme decomédie musicale. On a vraiment soigné la réalisa-tion et c’est devenu un film. J’étais entourée degens qui savaient ce qu’ils faisaient. J’avais un superdirecteur artistique. Beaucoup du mérite revient àRobin Thompson, c’est lui qui l’a filmé et monté.Interview réalisée le mercredi 29 novembre 2017 chez www.epiceriemoderne.com ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 17


18 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017INTERVIEWARTISTE


Extrait de Star Wax n°36ADOLESCENT TOULOUSAIN, JULES FAIT SES CLASSES DANS UN GROUPE DE PUNK-ROCK.MAJORITÉ ACQUISE, IL NE LUI FAUDRA PAS PLUS DE DIX ANS POUR IMPOSER SA TOUCHEDE BEATMAKER. AUJOURD’HUI, (RE)CONNU COMME UN PRODUCTEUR HIP HOP, AL’TARBA ESTUN PROFESSIONNEL QUI COMPTABILISE DÉJÀ CINQ ALBUMS ET PLUS D’UNE COLLABORATION.ATTENTION ÂMES SENSIBLES ENTRETIEN AVEC UN INSOMNIAQUE UN TANTINET SADIQUE, FAND’HORRORCORE.Pourquoi le nom Al’Tarba ? As-tu été conçu à gauche. Le premier « skeud » sorti dans le commerce où tu peuxhors des normes sociales et parfois n’est-ce entendre des productions à moi c’est Les Poésies Du Chaos » de Mysa !pas difficile à assumer ?Salut ! (rires). Je crois que je ne comprends pas ta question, ou bien Depuis tout ce temps y a til eu une évolutionfais-tu référence au « bâtard » dans mon blaze ? Voyons nous savons de tes machines, de ton home-studio ?tous qu’il s’agit plus d’une insulte maintenant qu’une vraie appellation. J’ai commencé avec Cubase et je suis toujours dessus depuis. J’avaisJe ne suis pas John Snow (Game Of Throne, ndlr), je suis plus Joffroy aussi un Asr10 à l’époque mais comme je déménage beaucoup il esten brun à la limite, pour le côté sadique (rires), mais mes parents ne resté chez mes parents.sont pas frères et sœurs. Ce serait légèrement inquiétant n’est-ce pas ? Quelle est la place du sampling dans tesSi je ne m’abuse tu es petit fils d’un collection- prods ?neur de vinyles. De quoi était composée cette Je dirais 70 %. J’aime en foutre des tonnes, des trucs qui viennentcollection ? En quoi ça t’a ouvert l’esprit ou d’horizons complètement différents et les mélanger ensemble commequ’est-ce que cela t’a apporté ? une grande orgie sonore, avec les participants en combinaison SM enY’avait beaucoup de jazz et de classique, mais aussi du reggae, du ska, vinyle. Donc parfois, mais pas que ! Et puis j’aime bien jouer des syn-du Vangelis… Quand je vais rendre visite à ma grand-mère, j’en écoute thés, des guitares, des basses, dans ce joyeux bordel ! Dernièrementplein du coup et j’en prends quelques-uns à chaque fois, qui finissent je ne samplais presque plus sur vinyle mais j’aimerais m’y remettre.souvent dans mes productions. écouter des musiques qui viennent dela collection de quelqu’un d’autre t’ouvre toujours l’esprit je pense. Tu as eu pas mal d’invités d’outre Manche etÀ ce titre, les brocantes et les magasins de Toulouse, à l’époque de mes français sur tes prods ; s’agit-il de rencontresdeux premiers albums, m’ont beaucoup ouvert l’esprit aussi. virtuelles ou as-tu été en studio avec les rap-Il y en avait un qui était spécialisé dans les ziks de films érotiques, de peurs ?films d’horreurs et ce genre de truc entre autres. Ça s’appelait Bullit. Il a Ce fut souvent virtuel, mais il y a des gens que j’ai rencontré en vraimalheureusement ferme depuis je crois, mais gros big up à mon grand- pour taffer, genre Lord Lhus, qui est aussi un bon pote ! Pour d’autres,père et à Bullit ! Mon grand-père n’avait pas de musique de films éro- les rencontres se sont faites en backstage, par exemple Ill Bill !tiques, soyons clairs, du moins pas tant que je ne trouverais la chambresecrète qui s’ouvre en enlevant un des livres de la bibliothèque. Dans ta bio il est dit : «...délaissant l’étiquette du puriste trop souvent attachée au punk ouTu es arrivé au beatmaking par le rap, écris-tu au hip hop ». Peux-tu nous éclairer ?encore ?Oui, j’en ai écrit quelques titres pour l’album de mon groupe Droogz As-tu décidé d’arrêter le hip hop hardcore ?Brigade, en plus ma voix est toute cassée maintenant ça fait bien rap Non, d’ailleurs mes deux prochaines sorties sont clairement orien-punk. tées hip hop pur et dur puisque. J’ai produit l’intégralité de l’album de Droogz Brigade ainsi que la moitié de la production avec le beatmakerTa première sortie date de 2007 mais depuis INCH sur le prochain album de La Gale !combien de temps composais-tu ? Y’a aussi un album qui n’était jamais sorti qu’on avait fait avec deuxJ’ai dû commencer deux ou trois ans avant le premier, deux ans je rappeurs de Caroline de Sud qu’on va peut-être sortir bientôt, le groupepense. Avant, j’avais placé des productions pour des rappeurs à droite s’appelait Planet X !PARTENARIAT : www.starwaxmag.com / Star Wax N°36 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 19


20 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017Fais-tu de la musique simplement pour dis- Aujourd’hui que reste-t-il de ta pratique et detraire ou y attaches-tu une autre vocation ? ton amour du punk rock ? « Do It » part 2, 3,4… ?Les deux, disons que c’est avant tout une passion, un hobby, mais Écoutes-tu encore du rock ?maintenant c’est comme ça que je paie le loyer donc forcément, il faut Beh j’en écoute tous les jours et je fais chier mes potes en fin de soirées’organiser un minimum. Et puis si je ne fais pas de musique je fais trop en en mettant à fond et en beuglant les refrains en levant les bras enla fête, c’est un genre de garde-fou ! l’air comme si j’étais à l’avant du Titanic, c’est fantastique ! J’aimerais remonter un groupe de punk un jour !Depuis « Lullabies tor Insomniacs » en 2011 tesproductions se peaufinent parfois ça swing, Selon toi en quoi le rock et le hip-hop sontc’est plus groovy, plus singulier. N’est-ce pas similaires et en quoi sont-ils différents musi-cela qui t’a permis de signer sur des labels ? calement parlant puis culturellement ?Disons que l’abstract hip-hop touche un public plus large et qu’en tant Je ne sais pas c’est assez large, mais je ne suis pas trop pour les gensque beatmaker tu peux faire du live avec. Mais à la base ma motivation qui se disent dans un « lifestyle » purement « rock » ou « rap ». Ça n’ac’était de faire ce que je kiffe et je kiffe l’abstract hip-hop ! Des prods pas de sens pour moi. Même si je reconnais que ce sont des culturesun peu swing je n’en ai pas fait tellement que ça et j’en fais plus trop, avec beaucoup de codes… Je sais un truc, c’est que dans le hip-hopmais c’est bien quand t’es ivre, non ? ils ont des fois un peu du mal avec le côté punk et ses excès, surtout en soirée mais bon, au final tout se passe bien. (Rires)Quand et pourquoi as-tu commencé à colla-borer avec Dj Nix’on ? Dans le cadre de la rubrique rare wax spécialIl a trois ans, parce que c’est un tueur au scratch, parce que c’est mon punk rock, dans ce numéro, Patrice Poch sé-bête de pote et puis parce qu’on ne s’ennuie jamais en tournée avec ce lectionne des vinyles d’Agnostic Front, Magsatané blond aux sapes trop grandes ! Virgins, Vonn… Ça te parle ? Oh que oui, je peux même te dire qu’il y a pas plus de trois jours, j’aiAvec Dj Nix’on et Vj Tomz vous venez de faire foutu « Gotta go » en fin de soirée et j’ai eu à peu près la même attitudeune belle tournée pour « Let’s the Ghosts Sing » que je te décrivais deux questions plus tôt mais j’étais avec des poteston dernier album. Peux-tu nous dire ce que qui kiffent le hardcore New Yorkais, alors, on a chanté en chœur « Fromchacun de vous produit sur scène, comment the east cosssst to the west cosssssst ! ». Et puis la montée de oi !développez-vous la scénographie ? Fantastique aussi (rires).Pour la date à Dour cet été avez-vous pu pro- Que penses-tu du propos de Lino : « Le manqueposer quelque chose de spécial ? d’originalité dont souffre le rap aujourd’huiEt bien on a un set composé de mes sons, qui passe de sons cau- est en train de faire stagner le genre » ?chemardesques à des trucs plus psychédéliques ou sautillants. Nix’on Bon, ils font un peu tous de la trap c’est vrai, de toute façon Lino est unenvoie le paquet en scratch, moi je rejoue des samples sur les beats où maître et un ancien dans ce rap game, alors quoi qu’il puisse dire sur leje trifouille les batteries et Vj Tomz a une installe pour faire du mapping. rap je ne peux qu’approuver !Il envoie plein d’images sataniques pour que noire soit la messe ! PourDour on flippait comme des oies avant les fêtes de Noël et puis ça s’est Peux-tu nous parler de « Projet Ludovico ».bien passé, on en garde un souvenir de dingue ! Ça arrive à la rentrée, les flows sont saignants et les productions sales. Il y aura environ seize titres, tous inédits et on compte bien faire une


Extrait de Star Wax n°36tournée à la suite donc si des gens sont chauds ils peuvent “…dans le hip-hopnous contacter ! On saute partout sur scène, faut nous inviter ils font des fois(rires) ! Le premier extrait clippé s’appellera « Street Trash » un peu du malet ça va chier ! Y’a des titres rigolos comme « L’œil d’Alex » avec le côté punkou « Les feux De La Bourre » qui est déjà un hymne par chez et ses excès,nous à Toulouse ! surtout en soirée, mais bon,As-tu d’autres projets pour la fin de au final toutl’année puis en 2016 ? se passe bien…”Je travaille sur un nouveau projet solo, je n’en dis pas plus,mais il y aura un peu plus de synthé ! Avec toujours dessamples bien dégueux (rires)Si non tu fais toujours des burgers auxchampignons ?Je ne suis pas très champignons, je les digère mal.Tu t’imagines toi, passer une soirée aux toilettes en voyantdes lutins sataniques danser au-dessus de toi ? Boarf trèspeu pour moi je laisse ça aux cartoons et leurs grossespupilles d’Homer !PARTENARIAT : www.starwaxmag.com / Star Wax N°36 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 21


22 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017INTERVIEWARTISTEJhWloeoizlflselaséfnaeduVmaaisn Jozef Van Wissem est sans doute l’un des joueurs de luth le plus reconnu de notre ère. Révélé au grand public aux côtés de Jim Jarmusch avec la B.O. de Only Lovers Left Alive en 2013, Jozef Van Wissem porte aujourd’hui le flambeau dans la réhabilitation de l’instrument dans la musique moderne. Que ce soit par sa discographie prolifique ponctuée de collaborations prestigieuses ou encore son travail de compositeur fortement loué, l’oeuvre du luthiste néerlandais a su redorer le timbre et l’image du luth en présentant une musique teintée d’une poésie forte transcendant les époques. Sorti d’une pause d’un mois et de retour sur une tournée Européenne pour lancer l’année 2017, nous avons sauté sur l’occasion de rencontrer le personnage.


ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 23Interview : Robin Ono INFOS : www.jozefvanwissem.com/ DU Rock’n’roll© DR Vous avez tendance à fortement contraster les termes “La plupart à LA VIE monastique Jozef Van Wissem © Gwendal Le Flempour décrire votre vie de “Rock’n’roll” à Amsterdam des joueurs de et votre vie quasi “monastique” à New York. luth aimentD’après ce que j’ai compris votre initiation au réper- l’instrument pourtoire du luth s’est d’abord fait via ton initiation à la Jozef Van Wissem : C’est vrai, je ne sortais pas du la technique,guitare classique. tout. Quand t’es barman t’es entouré de gens qui veulent ce qui n’est pas quelque chose de toi, ça m’a vraiment fatigué et drainé, le cas chez moi. Jozef Van Wissem : C’est exact. J’ai commencé à jouer personnellement et artistiquement. Avant tout ça je faisais C’est importantla guitare classique de mes 11 à 18 ans puis je suis passé de la musique avec des super groupes. Cette nouvelle vie de remettreà la guitare électrique. J’ai ensuite ouvert un coffee-shop s’est présentée comme un retour introspectif. l’instrumentaux Pays-Bas où j’ai joué du rock expérimental et je suis à jour et luitombé dans un mode de vie de rockeur décadent. Ça a fini D’où viennent vos instruments ? redonnerpar me fatiguer et je suis parti vivre à New York où j’ai fini une nouvelle vie,par prendre des cours de luth avec Pat O’ Brien. C’est là Jozef Van Wissem : Au départ j’ai eu un luthier basé ce que ne fontque tout a changé. Je devais avoir 30 ans à ce moment-là au Canada qui m’a fait 5 luths. Je les ai depuis que j’ai pas toujourspar contre, tout ne s’est pas enchaîné. Je pense que j’avais commencé au milieu des années 90. À présent j’ai un autre les autresbesoin de passer par cette phase tumultueuse, sinon je luthier, un très bon ami à moi basé à Paris qui s’appelle luthistes.”n’aurais probablement pas étudié le luth. Miguel Serdoura. Il fabrique des luths très abordables. Il m’en a fait un et quand je lui ai demandé combien je lui INTERVIEW devais, il m’a répondu “garde ton argent, tu as assez fait DE Robin Ono pour l’instrument”. J’étais très content. À SAVOIR En 2013, Jozef van Wissem a remporté le prix de la meilleure musique originale pour la bande originale du film Only Lovers Left Alive au Festival de Cannes, qu’il a composé avec Jim Jarmusch. (Wikipedia)


24 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 © DR À SAVOIR Du fait de la particularité de son instrument, van Wissem reçoit des commandes assez particulières ; en effet la National Gallery de Londres lui a demandé de composer une bande-son pour le tableau de Hans Holbein, Les Ambassadeurs. Il a aussi réalisé la musique du jeu- vidéo Les Sims Medieval (Wikipedia)L’improvisation est comme un dessin d’enfant, c’est aussi simple que çaDans votre œuvre vous avez replacé le luth dans un contexte contemporain Jozef Van Wissem : C’est toujours quelque chose de naturel. Ceci dit,aux côtés d’instruments électroniques et électriques ou encore au-dessus c’était bizarre avec Keiji Haino. Il était au micro et on improvisait avec lui. J’avaisde sons d’ambiance d’aéroports. Est-ce que vous cherchez davantage à composé 3 pièces pour lui mais il ne voulait pas les rendre accessibles au public.travailler avec le caractère historique de l’instrument ou à le flouter voire Il voulait seulement sortir les improvisations. Il avait peur de la composition, ceeffacer via ces “recontextualisations” ? que j’ai trouvé un peu fermé d’esprit. On voit Keiji Haino comme ce musicien libre, mais le Free-Jazz et l’improvisation libre peut également faire office de Jozef Van Wissem : J’accepte l’historicité du son du luth, mais j’aime veste de sécurité. C’est un style que t’apprends et un circuit que t’intègres, onbien le combiner avec des sons contemporains et le confronter à la société finit par te connaître pour ça et tu finis par y être contraint. Je suis très fier decontemporaine pour qu’il en ait un dialogue entre les deux. J’aime bien utiliser ces sorties ainsi que celui que j’ai fait avec Tetsuzi Akiyama et elle étaient inté-le caractère historique de l’instrument et le replacer dans un contexte contem- ressantes quand je les ai réalisées mais je ne pourrais plus faire ça aujourd’hui.porain. La plupart des joueurs de luth aiment l’instrument pour la technique, ce L’improvisation est comme un dessin d’enfant, c’est aussi simple que ça. Je nequi n’est pas le cas chez moi. C’est important de remettre l’instrument à jour et pense pas que ça ait de “valeur” aujourd’hui, c’est du “réchauffé”. Le Free-Jazzlui redonner une nouvelle vie, ce que ne font pas toujours les autres luthistes. était une forme d’affranchissement pour son époque mais en jouer aujourd’hui ne serait qu’une copie d’une copie d’une énième copie. C’est “rétro”, c’est duVous avez collaboré avec des musiciens de cultures musicales différentes, “rétro” à la mode. Je préfère des œuvres comme celles de Merzbow, je trouvenotamment Keiji Haino. Est-ce que les processus collaboratifs viennent ça plus intéressant. J’aime particulièrement ses pièces pour piano à queue etnaturellement ou est-ce qu’elles nécessitent une certaine réflexion afin entendre ces œuvres calmes venant d’un artiste de Noise Music. J’adore ça !de prendre forme ?24 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017


© DR Jozef Van Wissem © Alan Kerloc’h - www.mycatisyellow.net“Je préfère les œuvres comme ceux deMerzbow, je trouve ça plus intéressant. J’adoreses œuvres pour piano à queue et entendreces œuvres calmes venant d’un artiste noise.C’est excellent, j’adore ça!” ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 25


26 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017Interview : Robin Ono INFOS : www.jozefvanwissem.com/“Sérieusement, les gars ! Vous avez quelqu’un sur scène qui vous livre son âme. Ce n’est pas rien !” Jozef Van Wissem © Gwendal Le FlemTout comme Keiji Haino, c’est un sacré personnage, Elles constituent toujours une base, un point de départ. grosses compositions avec plein de voixun artiste reclus et hermétique. alors que sur scène je joue tout seul. Jozef Van Wissem : En effet. Il peut également s’agir Pour moi l’aspect live ne vient pas que Jozef Van Wissem : Je deviens de plus en plus reclus d’une mélodie qui me vient à l’esprit. L’étape de composition de la musique mais aussi du voyage.lorsque je ne suis pas en tournée aussi. Je ne sors pas est toujours une période très concentrée où je ne peux faire C’est très dur de voyager aujourd’hui,trop. Je sais qu’il y a beaucoup d’artistes qui ne parlent que ça. Elle a toujours un début et une fin bien définie. notamment à cause des questions depas à leurs fans et qui rentrent direct à l’hôtel. Je ne fais C’est très étrange. Ça peut durer entre une semaine et 3 sécurité. Les gens ont tendance à croirepas ça, je reste toujours à discuter avec les gens. Je trouve semaines. C’est très clairement défini, tout est écrit dans que les artistes vivent une vie de rêve,que c’est important mais ça a son prix aussi. Au bout d’un cette période. Je ne reprends jamais des morceaux issus mais c’est l’inverse. Quand t’arrivesmoment je n’ai plus envie de parler à personne. T’as aussi d’autres périodes ou sessions, ça ne me paraît jamais ap- sur scène t’es déjà complètement enune part de magie quand tu restes seul. Tout partager et proprié. L’album est de ce fait un document qui définit la phase à cause du périple que ça a étéêtre ouvert aux gens a son prix. Parfois j’ai envie de partir période en question. d’arriver là. J’ai toujours vu le trajetdans les bois et disparaître et composer de belles œuvres. vers la salle comme étant tout aussiQui sait, peut-être que je le ferai un jour ! (rire) Le luth est un instrument inscrit dans une tradition important que le concert en lui-même. historique prédatant l’ère de la musique enregistrée. C’est généralement quand t’arrivesQuelle place accordez-vous à la tradition et au répertoire Comment abordes-tu la question des concerts par complètement stressé qu’ont lieu lestraditionnel lorsque vous jouez et que vous composez ? rapport à tes albums studio ? meilleurs concerts (rires). Jozef Van Wissem : Lorsque je commence une période Jozef Van Wissem : Ça n’a rien à voir, ce n’est pas Vous évoquez souvent l’idée de sortirde composition, tout est condensé par le temps. Quand comparable. Un concert est une histoire, un dialogue le luth des musées et la réhabiliterje suis tout seul je joue ces pièces du répertoire classique avec le public. Je fixe le public et ils me fixent, il y a un dans la musique contemporaine.pour me mettre dans le bain. Ça commence comme ça. flux dans les deux sens. Les albums sont des œuvres très Vos compositions utilisent notam-Au bout d’un moment je commence à me lasser de la personnelles, elles tournent autour d’un concept lié à mes ment la répétition et ses effets surtechnique et je commence à jouer ma propre musique lectures du moment, ce qui donne naissance aux titres et à la perception auditive, un procédéet à improviser sur les mélodies du répertoire et sur les mes humeurs du moment. Quand je monte sur scène pour moderne qui échappe encore à laparties qui me plaisent à ce moment-là. J’ai toujours une jouer, les morceaux deviennent autre chose. sensibilité du grand public. Com-œuvre préférée du moment que je répète tout le temps. ment envisagez vous garder cetteIl y aura toujours une partie qui m’interpellera et qui se Il n’y a aucune volonté d’émuler l’expérience live sur disque. part d’expérimentation tout endéveloppe éventuellement en une composition. Il peut réhabilitant le luth au grand public ?s’agir de 3 notes ou d’un simple accord. Jozef Van Wissem : Non, ce n’est pas censé émuler les concerts live du tout. Quand je fais un album je crée ces


Jozef Van Wissem © Alan Kerloc’h - www.mycatisyellow.net Jozef Van Wissem : Je ne sais pas trop, c’est surtout Jozef Van Wissem : Je suis passionné par les ouvrages © DR - Land de Babak Jalalide la chance. Il y avait une période où je marquais des de ces personnages obscurs qui décrivent les voyagesgrands silences à mes concerts. Je jouais un morceau et de leur âme jusqu’à se rapprocher de Dieu, surtout les Un grand mercije marquais des pauses de quelques minutes sans jouer. femmes. J’adore la force de cette littérature et ses de- à Jozef Van WissemC’est toujours difficile d’habituer un public à ce genre de scriptions détaillées. Il doit bien y avoir une raison à ça,chose. J’ai arrêté de le faire mais je pense que je pourrais je ne sais pas. En ce moment je fais des recherches sur et au staffencore le faire aujourd’hui. D’un autre côté le set doit aussi les “Gottesfreunde” (Les Amis de Dieu), un cercle chrétien du Fgo-Barbara (Paris)m’amuser sinon je n’y arriverais pas. J’ai dû jouer plus de allemand mystique. J’ai vraiment envie de réaliser un long-mille sets durant ces 8 dernières années. Certains étaient métrage sur Henri Suzeau, qui étudiait au sein du cercle pour avoir rendutrès difficiles d’accès et d’autres étaient plus abordables. de Meister Eckhart. Je commence déjà à nommer certains cette interview possible ! de mes titres d’après ses ouvrages. Ce serait une sorte C’est encore difficile, ceci étant dit, d’amener les gens de “Gesamtkunstwerk” (Œuvre d’art totale) où je seraià se taire pendant une heure. Malheureusement c’est trop réalisateur, acteur et compositeur.demander parfois. Aux Pays-Bas on a ce phénomène queles Belges appellent “le fléau hollandais”. Les Hollandais Ça fait un moment que c’est en écriture. Ça seraitne viennent pas aux concerts pour la musique mais pour un film ambiant, je n’ai aucune intention d’en faire unparler. J’adore cette expression, je la trouve marrante. La film rapide qui suivrait les conventions Hollywoodiennes.musique est dans un sale état aujourd’hui, c’est très triste. En parlant de ça, je suis en train de composer pour unEn France les gens sont silencieux et ils considèrent encore nouveau film. Le film s‘appelle Land de Babak Jalali. C’estla musique comme une chose spéciale, ils la chérissent. un western moderne qui adopte le point de vue des Indiens d’Amérique. C’est un film qui accorde beaucoup de place T’as quelques pays comme en Europe de l’Est où la au paysage, avec des vrais Amérindiens au casting. Je suismusique est encore quelque chose de sacré. J’aime beau- vraiment content de composer pour ce film.coup jouer dans ces endroits, et je n’ai plus à jouer là oùce n’est plus le cas. Je décline les offres, tout simplement. Pour finir : pouvez-vous citer un de vos albums, filmsJe me dis “Sérieusement, les gars ! Vous avez quelqu’un sur et bouquins préférés ?scène qui vous livre son âme. Ce n’est pas rien !”. Jozef Van Wissem : Mon album préféré du moment estQu’est ce qui vous amène à préserver l’aspect religieux Kreuzmuzik by Henning Christiansen. Mon bouquin préféréou spirituel de la musique de luth dans vos œuvres ? du moment est Life of the Servant d’Henri Suzeau. Mon film préféré du moment est Ordet de Carl Theodor Dreyer.Retrouvez plus de photos sur http://ladnewg.net/ et sur www.mycatisyellow.net ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 27


Le second album de Schlaasssça défonce trop ta schneck comme un dauphin dans un poisson mort, wallah


www.schlaasss.fr / Youtube : http://urlz.fr/51Ed © THOINE - http://www.toinebehind.com/ Vinyl - DIGIPACK - Digital


30 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 INTERVIEWARTISTE G r‘eMBgADiRGlElrLIGpaIOofNrfti’n Interview : Robin Ono INFOS : http://www.anti.com/artists/greg-graffin/© DR Érudit et vétéran du punk rock, Greg Graffin se dresse À quel lieu se réfère Millport ? parmi les figures les plus importantes de la scène Punk Américaine. Avec plus de 37 ans et 18 albums Greg Graffin : Le titre se réfère à un lieu mythologique. Je voulais à son effectif, le chanteur et membre fondateur de choisir un nom de lieu qui sonne très familier mais qu’on ne peut Bad Religion ne montre aucun signe de relâchement, pas situer, un peu comme Springfield. Le choix du nom est aussi déli- poursuivant son travail d’universitaire tout en pub- béré. La plupart des premières villes aux États-Unis se sont formées liant ses livres entre les tournées qui l’emmènent autour de Moulins (Mills) sur des cours d’eau, ils étaient le cœur industriel de la ville. 300 ans plus tard, l’industrie moderne a large- chaque année aux quatre coins du globe. ment dépassé ces industries rudimentaires de l’époque et pourtant En ce début d’année 2017, ce n’est non on trouve encore quelques vestiges de ces anciens moulins et de pas un nouvel album de Bad Religion ces anciennes pratiques. Avec Millport j’essaye de comprendre cette que nous présente le chanteur mais permanence, comment est-ce que ces choses persistent au temps. Je un nouvel album solo. Poursuiv- trouve que c’est très pertinent à ma position dans le monde actuel ant dans la veine de son prédéces- et mon âge. La musique pour lequel je suis connu est à présent un seur, le dénommé Millport dévoile courant culturel mais il y a également eu beaucoup de changements une nouvelle facette du musicien avec depuis le temps. Je trouve que Millport est une bonne métaphore une série de dix titres marqués par pour cette forme de permanence. l’héritage Americana et Blue- grass des États-Unis. Est-ce donc un thème qui englobe l’album ? En soi le style de musique même est basé sur ce thème. La roots music comporte cette permanence. Par définition, c’est une musique avec des racines profondes qui se fortifient au fur et à mesure qu’elle se transmet de génération en génération. Cet album, comme le précé- dent, est basé sur la musique qui m’a été transmise par ma famille.


© DR © DR“Avec Millport j’essaye de comprendrecette permanence, comment est-ce que ceschoses persistent au temps. Je trouve quec’est très pertinent à ma position dansle monde actuel et mon âge.” ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 31


32 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017


“le punk rock, Tu as sorti 3 albums solo, un à peu près tou les 10 ans avec respect parce que c’est “poli- Greg Graffin © Anthony St. James est assez vieux pour depuis 1997. Pourquoi aussi peu d’albums comparés tiquement correct”, on les respecte être perçu comme à ta carrière prolifique avec Bad Religion ? parce qu’il y a des raisons de base une forme philosophique et éthique derrière. de “roots music” C’est surtout une question de temps et de disponibilité. Ça n’a rien à voir avec la politique. Avec l’âge je ferai peut-être moins de tournées mais pour Je suis toujours confus quand on meC’est cette forme de tradition qui me semble nécessaire l’instant on reçoit toujours autant d’offres. C’est compliqué, parle du “politiquement correct”.pour créer de la roots music. C’est presque ironique que le d’autant plus que mon travail universitaire et les livres questyle de musique auquel je suis associé, à savoir le punk j’écris m’accordent encore moins de temps pour faire des Tu fais usage assez rarementrock, est assez vieux pour être perçu comme une forme de albums solo. J’espère que j’aurais encore l’occasion d’en de termes vulgaires dans tes“roots music”. J’ai pu observer certaines des chansons que faire, j’en tire beaucoup de plaisir. paroles. Le dernier album de Badj’ai écrites il y a 35 ans se faire transmettre à une nouvelle Religion avait un morceau quigénération. C’est un phénomène fascinant. Un des termes les plus récurrents dans l’actualité est s’appelle Fuck You, (qui existe celle du “politiquement correct”. Alors que les mu- également en version “clean”).Est-ce que tu avais l’idée de ce son en tête depuis le siciens dans le punk jouent sur cette ligne avec leurs Quel est ton regard sur ton usagedébut de l’écriture ? textes, tes paroles ont toujours gardé de la distance de la vulgarité dans tes textes ? à l’égard de discours polémistes et provocants. Est-ceJ’ai écrit 9 des 10 chansons sur Millport, sur Cold as the une forme de rejet délibéré ou plutôt le résultat de ton Je pense que quand j’étais plusClay j’en avais écrit que 5 sur les 11. La production est style naturel d’écriture ? jeune c’était moins toléré. J’étaisplus présente sur cet album, Brett Gurewitz avait une idée juste un gamin qui voulait faire leclaire de ce qu’il voulait niveau production. On a pu tester Je dirais que c’est un peu des deux. Ton observation est juste. rebelle, il y avait certainement unle son sur l’album précédent avec Brett, vu que les titres Nous n’avons jamais été ouvertement politiquement engagés. peu de ça. Sur le dernier album,que j’avais écrits avaient une formation complète. L’album Il faudrait que tu parles à mon co-auteur Brett Gurewitz pour Fuck You était un bon exemple où ona une plus grosse production que la musique traditionnelle, une réponse plus exhaustive, on a nos divergences sur la adressait les réalités philosophiquesun peu dans la veine de ce qu’on appelle “country Rock”, question. Ceci dit, je pense pouvoir affirmer en mon nom derrière le slogan “Fuck you”. Lapopularisé par les enregistrements de Laurel Canyon à Los ainsi qu’au sien que la caractérisation de Bad Religion en chanson questionne la validité deAngeles dans les années 1970. tant que groupe “politique” est erronée. On s’est toujours l’expression et fait remarquer son intéressés à des sujets plus philosophiques, des questions usage un peu pavlovien. On s’estSur le premier titre j’ai noté un type de langage intemporelles qui dépassent beaucoup d’évènements servi des sciences pour expliquerqui ne serait pas passé dans une chanson de Bad politiques. Ce qui est populaire à une certaine période pourquoi “Fuck You” est un atoutReligion, comme “Now the years flew by so swiftly ne doit pas entrer en jeu dans ces questions plus larges. précieux dans notre culture. D’unand I can’t say they was kind”. Si tu sors une chanson qui s’appelle “Fuck Trump”, ça va autre côté, ça peut aussi te causer sonner un peu con dans 5 ans quand il sera destitué ou beaucoup d’ennuis (rire).C’est très bien vu. Tout ce que je peux dire c’est que pour je ne sais quoi (rire). Ça ne fera pas de superbe morceauma famille, plus particulièrement du côté de ma mère, cette intemporel. Je crois qu’on s’est toujours engagés à creuser Pour rapidement évoquermanière de parler est plutôt répandue. La famille du côté sur ces questions, pour écrire des chansons qui pourront l’actualité récente des États-Unis :de ma mère vivait dans les contrées rurales d’Indiana et être transmises à travers les générations, des contributions qu’as-tu retiré des évènementsc’est comme ça qu’on parle là-bas (rire). Il y a beaucoup dans la culture musicale punk. récents depuis novembre dernier ?de ça. Sur Echo on the Hill je dis “We’ll soon be warshedin the light of a new day”, parce que du côté de mère on Est-ce que tu crois au “politiquement correct” ? C’est terrible pour la démocratie,dit “warsh” (rire). Ils ajoutent un “r” à “wash” (laver). T’as mais il y a eu des précurseurs àsûrement raison, ce genre de langage ne finirait pas sur Il y a une différence entre “politiquement correct” et “phi- ces évènements depuis des années.un album de Bad Religion. Ceci dit, ce sont les éléments losophiquement correct”, tu vois ce que je veux dire ? Je mestylistiques d’un certain genre qui le font avancer. Les suis toujours tenu à l’écart du concept du “politiquementconducteurs d’un certain style de musique se trouvent correct”. En d’autres termes, on ne traite pas les femmesaussi dans la prononciation. ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 33


34 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 Greg Graffin © Rennie Solis « Aujourd’hui ce qui passeOn ne peut pas juste pointer ces évènements On entend sur ces réseaux sociaux que la présidence pour destout cas du doigt, il y avait déjà énormément de Donald Trump aura au moins le mérite de redon- vérités semblede problèmes liés au manque d’éducation du ner de la vie à la “protest music” et au punk. passer parpeuple, la manière dont ils reçoivent leurs infos des statutset leur paresse d’apprentissage. J’ai toujours été C’est un concept ridicule. Comme j’ai dit : si une forme de Facebook.un grand défenseur de l’éducation et je pense “roots music” a une quelconque valeur, c’est grâce à ses Il y a très peuqu’on en a besoin maintenant plus que jamais, traditions. Peu importe l’administration politique au pouvoir. de regardsy compris les sciences naturelles. Les sciences Les racines transcendent les décennies, une présidence dure approfondis.naturelles nous forment à tout vérifier. Il n’y a 4 ans. J’y crois, ça sonne comme le propos d’un expert en Bien évidem-aucune vérité s’il n’y a pas de preuves et de marketing qui essaye de faire grimper ses ventes. ment, ce n’estrecherches scientifiques sérieuses derrière. pas le seulAujourd’hui ce qui passe pour des vérités semble Pour finir : est-ce que tu peux me citer un de tes problèmepasser par des statuts Facebook. Il y a très peu de albums, films et bouquins préférés ? mais c’est unregards approfondis. Bien évidemment, ce n’est obstacle trèspas le seul problème mais c’est un obstacle très Je vais citer Et quelquefois j’ai comme une grande idée sérieux poursérieux pour une société démocratique. (Sometimes a Great Notion) de Ken Kesey. C’est un bouquin une société et un film. Pour l’album je vais choisir Original Folkways démocratique. » recordings de Doc Watson & Clarence Ashley. INTERVIEW DE Robin Ono


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« Nos compétences musicales étaient assezlimitées et nous n’envisagions pas du toutde créer un groupe. Le déclic s’est produit en 78,à l’écoute de la version de « Satisfaction »par The Residents »


ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 37 PTÔSE Vers d’oreille JOURNALISTE : Maxime Lachaud INFORMATIONS : http://urlz.fr/523s C’est l’histoire de ces adorateurs d’insectes dégoulinants et d’électronique vintage© Jef Benech Niort, 1979. Deux frères, Benoit et Lionel Jarlan, autoproduisent leur premier Alors, si je ne me trompe pas, tout a commencé à Niort à la fin disque, Boule (Viens Ici !). Contre toute attente, cette chanson électro-canine des années 70. Pouvez-vous revenir sur le contexte dans lequel Ptôse influencée par les délires grotesques des Residents devient vite un hymne est né ? repris dans le monde entier. Les années suivantes, le groupe enchaînera les productions, notamment sur leur label PPP, souvent sous la forme d’emballages Lionel Jarlan : D’abord nourris aux classiques comme les Stones, inventifs, les cassettes pouvant se dissimuler à l’intérieur de paquets de les Beatles ou les Pink Floyd et autres Spotnicks, puis initiés aux audaces viande sous vide ou de boîtes de médicaments. Devenus incontournables du Velvet Underground ou de Brian Eno, nous étions devenus au milieu des du réseau DIY français, ils finiront leur carrière par deux vinyles publiés sur années 70 de gros consommateurs de vinyles indépendants, généralement le label néerlandais Eksakt et réédités en 2013 par Infrastition : The Swoop achetés par correspondance. Nous dépensions nos économies à découvrir (1984) et Face de Crabe (1986). Cette existence, au final, assez brève, mar- un peu tout ce qui sortait de nouveau, hors des grands labels. Nous avons quera durablement les esprits. Un album hommage paraît en 2004 sur Gazul, accueilli avec intérêt la vague Punk, sa démarche provocatrice et sa musique Ignobles Vermines : A Tribute to Ptôse, des dizaines de formations les ont brute, éloignée de toute virtuosité… mais nos préférences allaient aux Wire, repris et l’émission de radio culte La Nuit des Sauriens porte le titre d’un de Talking Heads, Modern Lovers ou Pere Ubu. Nos compétences musicales leurs morceaux depuis plus de trente ans. Nous nous sommes entretenus étaient assez limitées et nous n’envisagions pas du tout de créer un groupe. avec Lionel Jarlan afin de revenir sur l’histoire de ces adorateurs d’insectes Le déclic s’est produit en 78, à l’écoute de la version de « Satisfaction » par dégoulinants et d’électronique vintage. The Residents, achetée par hasard avec un paquet Ptôse a publié deux cassettes sur leur label PPP actif entre 1979 et 1985 où ils ont rassemblé le gratin de la scène cassette de l’époque pour reprendre leur tube “Boule (viens ici !)”. On y retrouve Anne Gillis, Mark Lane, Die Form, Renaldo & the Loaf, Half Japanese ou encore Van Kaye & Ignit. ©DR


38 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017En 1980, le 45 tours“Women in the Moon” de Ptôseaccompagne le premier numérode la revue Isolation Intellectuellelancée par le label mythique deJean-Pierre Turmel, SordideSentimental (Throbbing Gristle, JoyDivision, Tuxedomoon, Psychic TV...) PLUS D’INFOS http://urlz.fr/523s« Mal- ©DR d’exemplaires et offert à des amis) suivi par une cassette, © Jef Benechheureusement, tirée à au moins une centaine d’exemplaires, pour faireen ces temps Boule (viens ici !) du troc avec des labels indépendants.préinternet,nous de singles chez Rough Trade. D’un seul coup, nous avons Combien de musiciens se cachaient derrière le pat-ignorions eu envie de nous y mettre et nous avons bricolé tous les ronyme Ptôse ? Aviez-vous déjà pratiqué la musiquel’existence deux pendant plusieurs mois, sans guitare électrique, auparavant ?du risque sans synthé et sans studio, avec deux magnétophones àpsychologique cassettes, des caisses en carton, des jouets et de vieux Pendant la période « bricolage », nous étions deux :viral identifié instruments acoustiques… Benoit, qui avait déjà à l’époque des bases musicales, et moien 76 par même qui n’en avait aucune. Nous étions très ouverts auxRichard Notre objectif était de faire simplement une sorte d’objet contributions d’amis comme Ericka Irganon et Pascal ElineauDawkins… » musical, dans l’esprit du mail art, pour l’envoyer comme (ZZe), qui devint rapidement le troisième membre permanent. carte de vœux aux Residents…INTERVIEW Le choix de l’électronique et de travailler avec desDE Maxime Lachaud À notre grande surprise un nommé Hardy Fox, de la bandes magnétiques comme base à votre sens de Cryptic Corporation, nous a gentiment remerciés en nous la pop song était-il plus un manifeste ou lié à de encourageant à continuer. Ces farceurs se sont même simples contraintes techniques ? amusés à en infliger l’écoute à un journaliste d’Actuel venu les interviewer à San Francisco, à tel point qu’il mentionna C’était un peu les deux, car nous aurions pu nous la chose dans son article ! Après un accueil aussi promet- affranchir de ces contraintes rapidement, mais nous avons pris teur, nous avons décidé de poursuivre nos expériences et beaucoup de plaisir à jouer avec elles avant d’évoluer vers d’autoproduire en 79 un mini vinyle (pressé à une douzaine une formation plus standard, en apparence tout du moins.


ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 41© Mark Beyer Le premier disque est un vinyle qui sort en 1979, sur lequel on trouve votre hymne « Boule (viens ici !) ». On dirait que c’est ce morceau qui a“Ironiques et immatures véritablement lancé le projet Ptôse et vous avez vous-même fait en sorte (au sens Gombrowiczien), c’est comme de nourrir un culte autour de cette chanson, la reprenant de manière cela que nous percevions presque obligatoire sur chacune de vos parutions. Le morceau a égale- nos productions” ment fait l’objet de nombreuses reprises par des groupes prestigieux (Renaldo & the Loaf, DDAA, Legendary Pink Dots, The Grief, jusqu’auxLe choix d’un nom de groupe aussi fort était-il lié à l’esthétique punk/ texans d’Oblong Boys), dont une cassette sortie par vous-même. « Boule »post-punk et son sens de la provocation ? c’est pour vous un morceau ultra-mégalo, une boutade géniale, votre étendard et votre fardeau ? Pouvez-vous revenir sur sa genèse ? Le choix du nom était effectivement un indice de notre volonté deprovoquer, mais à l’époque il ne signifiait rien pour la majorité des gens, alors En complément de nos expérimentations minimalistes, nous avons trèsqu’aujourd’hui une recherche sur Internet ramène instantanément beaucoup vite eu envie de créer un morceau qui serait un condensé du vide inhérentd’images ! aux hits pops, tout en fonctionnant comme un puissant « Orhwurm » (un ver d’oreille). Après différents tâtonnements pour trouver les paroles les plusD’emblée, vous avez opté pour une approche minimale du son, vous simples et les plus bêtes possible, puis atteindre le minimalisme musical viséavez laissé la technique de côté et une grande part de votre travail se et nous assurer, par des tests sur des volontaires, de l’effet persistant des im-rapproche des musiques nouvelles ou expérimentales (la cassette Hand- pacts auditifs : « Boule (viens ici !) » était né. Malheureusement, en ces tempsmade Electronics). Cela était-il aussi dû à votre manière de travailler, pré-internet, nous ignorions l’existence du risque psychologique viral identifiéentre frères, en home studio, avec une attitude très DIY ? en 76 par Richard Dawkins… Notre exposition prolongée lors du processus de fabrication de ce « même » musical a eu des conséquences lourdes sur notre Ptôse est un groupe profondément influencé par l’esprit DIY, c’est cela intégrité créative. Non seulement elle nous a entraînés à reproduire à l’infiniqui nous a d’ailleurs poussés à publier nous-même notre musique, à la diffuser cette chanson infernale, mais aussi à pousser d’autres à l’interpréter, pourpar des réseaux parallèles et à réaliser des compilations des artistes que nous favoriser sa diffusion par tous les moyens !appréciions, au lieu de chercher à être pris en charge par une maison de disques. Dès 1980, Ptôse s’associe à PPP (Ptôse Production Présente) et vous vous lancez pleinement dans l’art de la cassette, avec des packagings géniaux (Moxisylyte N dans une boîte de médicaments, AG 5 dans un emballage d’entrecôte, etc.). Pouvez-vous revenir sur les motivations qui vous ont amenés à vous lancer dans le mail art et tous ces embal- lages étranges ? Étiez-vous proches de l’approche plastique du son que développaient DDAA et Illusion Production par exemple ? Outre l’accessibilité de la duplication, l’intérêt du format cassette pour nous était sa capacité à s’intégrer facilement dans des packagings improbables, inaccessibles au vinyle. À l’époque, la musique était un produit physique à diffusion lente et la création de ces objets était un exercice très agréable, tout comme le plaisir de les découvrir pour ceux qui se donnaient la peine de les acheter. Nous avons très tôt échangé avec DDAA & IP dont nous aimons beau- coup la démarche artistique même si elle était plus formalisée et résolument esthétique, comparée à la nôtre, ironique et brouillonne. Dans ces réseaux cassettes, les sonorités étaient souvent minimales, industrielles et expérimentales, mais Ptôse a toujours été bien plus accessible. Comment définissiez-vous votre musique ? Nous avons toujours cherché à faire simple et à nous amuser tout en conservant une apparence de sérieux. Naturellement, notre approche en live était souvent moins maîtrisée et plus expérimentale que la musique réalisée en studio… Ironiques et immatures (au sens Gombrowiczien), c’est comme cela que nous percevions nos productions.


42 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017« Plutôt ©DRqu’une ap-proche col- Dès votre premier disque, vous avez repris « Smelly Nous ne nous voyons pas comme des influenceurslective, il Tongues » des Residents, comme si ce morceau à mais plutôt comme des provocateurs qui suscitent parfoiss’agissait lui seul avait inventé un genre. Quelle était votre encore des réactions. Ceci dit, écouter d’autres groupesbien déjà d’un relation aux Residents ? revisiter nos morceaux est très rafraîchissant, d’autant plusfonctionne- qu’ils sont généralement de bien meilleurs musiciens quement en ré- Nous avions découvert le single « Smelly Tongues » nous et plus inventifs. Philippe Perreaudin de Palo Alto aseau, chacun quelques semaines après celui de « Satisfaction » et le côté fait preuve d’une ténacité incroyable pour nous convaincregardant son pop apporté à cette version par Snakefinger nous a vrai- de rééditer nos cassettes en CD, et la compilation qu’il acaractère in- ment plu. Cette reprise, systématique dans nos premiers coordonnée a été une délicieuse surprise.dividuel, mais concerts, était un signe de reconnaissance de la filiation…contribuant Du coup, nous sommes au bord de la rechute età la diffusion L’influence des Residents a été forte sur notre récemment nous avons discuté d’un projet pour le Web :des autres, le manière de jouer avec des voix grotesques à nos débuts, « The Boule Shrine » une collection ouverte et collabora-tout générale- mais nous avons évolué. La direction que nous envisagions tive d’interprétations de « Boule (viens ici !) »… Mais celament sans but de prendre avant d’arrêter nous excitait beaucoup, mais restera peut-être un projet inachevé.lucratif.  » s’est avérée un peu complexe… Il s’agissait de trouver un « interprète » différent par morceau, en les choisissant Il y avait aussi une dimension ethnographique dansINTERVIEW comme des instruments en fonction du son de leur voix votre musique et vos productions. Vous sortiez beau-DE Maxime Lachaud ou de leur type de personnalité. Malheureusement, les coup de formations japonaises sur vos cassettes, heureux élus n’étaient généralement pas très motivés mais aussi vous vous inspiriez des rythmes et chants par cette approche… Nous devions sans doute être perçus traditionnels indiens ou papous (« The Big Chief »). comme des manipulateurs. Pouvez-vous revenir là-dessus ? Et comment réagissez-vous quand des groupes en- Nous avons effectivement beaucoup écouté core aujourd’hui vous citent comme une influence d’enregistrements ethnographiques, surtout pour les voix majeure (il y avait eu par exemple la compilation extraordinaires qu’on y trouve. C’est Ericka Irganon qui les Ignoble Vermine chez Gazul ou toute la scène zolo étudiait et nous poussait à l’occasion à les retravailler… Par d’Austin qui s’inspire de votre travail) ? contre, cela nous gênait de les singer et nous avons préféré* Une première version de cette interview était parue en septembre/octobre 2013 dans le numéro #17 d’Obsküre Magazine.


“Les comics de Mark Beyer En fait, le passage à une distribution indirecte, par Nous avons été marqués nous semblaient très proches la médiation du label, était un système trop lourd pour enfants par une Silly Symphony des micros histoires nous. Cela a fait disparaître le plaisir que nous trouvions macabre de Ub Iwerks et Walt qui sous-tendaient une bonne dans les échanges par correspondance avec les acheteurs Disney, datant des années 30 et partie de notre musique” de nos cassettes… En plus, notre projet de vocalistes mul- intitulée « The Skeleton Dance ». tiples s’avérait un montage compliqué et nous avons donc La musique de Carl W. Stallingrecycler au second degré des caricatures occidentales de choisi d’arrêter plutôt que de commencer à nous ennuyer. était une interprétation déliranteces « musiques du monde » comme dans « The Big Chief » Si la musique numérique et le web étaient arrivés plus tôt, de « La Marche des Nains » deou « In Your Bush ». nous aurions certainement saisi cette opportunité, mais Edvard Grieg. nous étions au milieu des années 80… 10 ans trop tôt !Quant à votre obsession pour les limaces, les souris, Le grotesque est une com-les sauriens, les crabes, les insectes dégoulinants et Quant à l’aspect visuel, il est également très impor- posante majeure de notre universabjects, cela venait d’où ? tant. Comme on l’a vu, vos cassettes avaient des musical et notre humour, assez emballages très singuliers et vous avez notamment pince-sans-rire, est souvent basé Ce thème de première importance nous semblait travaillé avec le graphiste Mark Beyer. Il existe aussi sur le décalage, parfois peu per-négligé à l’époque, il fallait bien que quelqu’un s’en une vidéo que l’on peut trouver sur RVB Transfert ceptible, entre certains élémentssaisisse… Nous avons beaucoup emprunté à la littérature d’« Écraser la vermine » où l’on vous voit avec des musicaux ou extra musicaux commefantastique ou aux films de science-fiction et d’horreur des bandes sur la tête, des chapeaux et des imperméa- les paroles et le titre. http://vimeo.années 30 à 50 comme White Zombie, Them !, The Blob ou bles noirs. Pouvez-vous revenir sur ce tournage et com/63789172Invasion of the Body Snatchers, mais le plus souvent sans ces collaborations ?citations directes. Pour finir, comment regardez- Les comics de Mark Beyer nous semblaient très vous avec le recul l’expérienceLa discographie de Ptôse renvoie aussi à la vitalité de proches des micros histoires qui sous-tendaient une Ptôse ? Avez-vous continué lala scène indépendante française au début des années bonne partie de notre musique et nous avions été séduits musique ou les arts visuels par80. Vous avez par exemple collaboré avec des labels par cette superbe peinture sur verre qui a servi pour la la suite ou êtes-vous partis danscomme Sordide Sentimental et AYAA, puis participé couverture d’Ignobles Limaces. Quant à la vidéo « Écraser d’autres domaines ? Quellesà des compilations pour de nombreux labels inter- la vermine », c’est une réalisation de FR3 Poitou-Charentes sont vos réactions face à cesnationaux (Tooth & Nail pour Trax, etc.). Diriez-vous improvisée à la suite d’un festival Rock dans lequel nous rééditions de vos travaux cesqu’il y avait un vrai état d’esprit collectif dans ces nous étions subrepticement infiltrés. Le reportage qui la derniers temps ?échanges ? Pour nos lecteurs habitués aujourd’hui à précédait vaut le détour, il était intitulé « Impact du rockInternet, pensez-vous qu’il y avait des liens entre ce sur le public » et peut se déguster sur le site de l’INA ou L’aventure de Ptôse étaitque vous développiez à l’époque et ce médium qui sur YouTube. http://www.youtube.com/watch?v=7lv4BzIL6_k très motivante mais il faut savoira profondément changé notre rapport à la musique s’arrêter avant de tourner en rond…aujourd’hui ? Lors de vos concerts, étiez-vous aussi très portés sur Ptôse devait finir inachevé. Nous les costumes, la performance ? sommes toujours de grands con- Plutôt qu’une approche collective, il s’agissait bien sommateurs de musique, mais seuldéjà d’un fonctionnement en réseau, chacun gardant Non, pas du tout de costumes, ou alors des tenues l’un d’entre nous a continué dansson caractère individuel, mais contribuant à la diffusion en décalage avec le lieu et le public, nous portions par cette voie et compose aujourd’huides autres, le tout généralement sans but lucratif. Cela exemple des chemises Lacoste lorsque nous partagions des musiques de films. Malgré tout,fonctionnait bien, mais lentement, on était loin de la l’affiche avec des punks ou des performers industriels et nous n’avons jamais cessé d’assisterfulgurance d’Internet. nous utilisions une Mobylette comme instrument et un GSSA Ericka Irganon dans ses travaux, (Générateur de Sons Semi-Aléatoires) lorsqu’il s’agissait mais comme elle n’a rien publiéOn ne pourrait revenir sur l’intégralité de vos enreg- d’un environnement rock. Nous sommes de grands timides de nouveau depuis près de trenteistrements, mais Ignobles Limaces, The Swoop et Face et donc sur scène nous étions à la fois un peu coincés et ans, qui sait quand elle daignerade Crabe ont représenté, en quelque sorte, l’apogée occasionnellement agressifs. les rendre public ?du groupe. De plus grosses productions. De plus grostirages. Il semble étonnant que vous ayez arrêté après Il reste aussi un aspect majeur que l’on n’a pas abordé, Maxime LachaudFace de Crabe, qui était sorti sur le label hollandais c’est l’humour, qui chez vous se teinte de grotesqueculte Eksakt et qui justement aurait pu vous ouvrir et de carnavalesque, pouvant même se faire parfoisà un plus large public. Est-ce que vous sentiez que inquiétant (les morceaux « Face de Crabe », « Likevous étiez arrivés à la fin de quelque chose ? a Mouse » ou « La nuit des sauriens »). L’humour selon Ptôse, c’était quoi ?Retrouvez une version de cette interview dans le numéro #17 d’Obsküre : http://urlz.fr/52Ph ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 43


44 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017REGARDARTISTE PGEURILRLEATU :ME Wild Wild JAZZ


ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 45 ©Emile Holba “Aboiements et atermoie-©Emile Holba le Mad Max Jazz, gonflé que le free-jazz, Guillaume Perret propulse dans ments sur pays de landes désolées le monde sonique une circulation d’air instable, un tri- un vibrato omphe euphorique de vents contraires rendus fous par vrombissant S’il est un avis de tornade qui puisse être leur passage intra-instrument et qui, dans la traversée décrivent considéré comme une bonne nouvelle, des corps alentours, trouvent un deuxième souffle de l’entrée dans c’est bien un appel d’air à l’intérieur destruction. À la frontière ultime du panel de notes un nouveau du saxophone de Guillaume Perret. entendues, le free-jazz se love dans une peau hérissée genre de Jaillissant des lèvres pincées d’écailles métalliques. Le cerveau frappé par la mutation musique de l’artiste, le souffle suit son chemin pourra lui donner un nouveau nom : le Wild Wild Jazz, le improvisée ! de traverse modulé par la pression Mad Max Jazz, pays de landes désolées, steppes hostiles Encore plus des doigts de son initiateur tout encore méconnus des hommes et venant s’inviter dans abrupte, aride, leur quotidien musical par l’intermédiaire d’un climax acide, gonflé en se ménageant une sortie ahurissante. assourdissant. que le free Que se passe-t-il donc à l’intérieur jazz…” du sillon de cuivre pour expliquer Coltrane semble se situer dans les parages : peut-on éviter l’un des piliers du jazz improvisé ? Pour ARTICLE une déflagration aussi monumentale, autant, Perret ne s’y cogne pas dessus. La puissance de Jonathan Allirand un séisme aérien qui s’étend aujourd’hui filamenteuse de son sax ténor se confond en suramplifi- cations électriques et va chercher des équivalences inat- IL A DIT : sur quatre albums ? tendues vers les guitares spatiales d’Empty Spaces de Pink Floyd. Vers le jeu dérangé de Marc Ribot lors de son « Le jazz a de Entre son point de départ et son arrivée fracas- célèbre Ceramic Dog. Le parallèle n’est pas anodin étant nombreuses couleurs, sante, no time pour la pudeur : Perret « strip » nos donné que le premier album de Perret a été produit par et ne saurait se attentes du saxophone et « tease » nos jeunes espoirs l’un des compagnons de route de Ribot, John Zorn. Qui limiter à un style en qu’il comble dès les premiers braillements de son ténor. plus est, sur ses trois premiers opus : Guillaume Perret particulier. C’est un Aboiements et atermoiements sur un vibrato vrombis- and The Electric Epic, Doors, Open Me, l’artiste est mag- grand bac à sable ou sant décrivent l’entrée dans un nouveau genre de nifiquement secondé par un groupe s’inscrivant dans la musique improvisée ! Encore plus abrupte, aride, acide, lignée directe des amoureux de la musique expérimen- tout est possible. » tale : le fameux The Electric Epic cité dans le premier album éponyme. Plus d’informations sur Guillaume Perret : http://guillaume-perret.fr/


46 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017…transformer sa prose saxophonique en carrefour de collisions Par conséquent, cette formation ne recule pas devant la multiplica- Stridence hystérique, cahotements gutturaux, Shoebox et Kakoumtion des références génériques comme en témoignent le reggae de Ponk et reprennent ce martèlement anarchiquement mélodique au cœur duquella funk dézinguée de Circe. Expérimentateur, chercheur, Perret l’est lui-même l’instrument crache sa réverbération plastronnante tel un primate roipuisque son originalité sonore provient d’une de ses trouvailles : équiper son tambourinant son torse altier. Les fragments en échos se heurtent aux panssaxophone électrique de mixers audio et de micros reliés à des loopers, à naissants des cycles à venir. Les cycles se disloquent puis se reforment surdes amplificateurs de basses ainsi qu’à une série de pédales à effets. Astuce d’autres boucles vives et conquérantes. Même les ballades comme Ethiopictechnologique lui permettant de jouer boucles rythmiques et mélodies, de les Vertigo, Irma’s Room, Opening et Chamo semblent étudier pour capturerentrecroiser, de les démêler afin de transformer sa prose saxophonique en l’étincelle d’écoute dans des nœuds de mailles dédoublées et les profondeurscarrefour de collisions. de vertiges saturés. Alors que le combo psychédélique fait tressaillir la moindre parcelle de Le dernier album en date est une expérience solo de Perret. Ce qu’ilferraille contenue dans leurs cordes et peaux, Guillaume Perret fait monstre laissait éclater dans ses collaborations voit le jour dans sa plus grande lueur :du coffre colossal de son saxophone arrangé. Un soupir versé dans le bec son aptitude à réunir une diversité d’instruments rythmiques et mélodiquesdégage alors une texture ultra-épaisse, une densité hyper membraneuse qui en ne disposant que de son saxophone arrangé comme base de composi-embrasse le squelette de l’auditeur et agite ce lego d’os sous l’enveloppe à tion. Ses notes repartent à l’aventure et, grâce à sa maestria, paraissentvif de son cuir charnel. Massacra est l’exemple même d’un heavy guitaris- riches d’une formation musicale nombreuse alors qu’il est le seul et uniquetique brouillon dont le désordre impérial est décuplé, célébré et salué par les membre de son orchestre. Même s’il revient à des références plus classiquesvoix hurlantes du cuivre ténor. de Big Band (She’s got rhythm, Susu) et qu’il remplace la hargne de son es-46 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017


©Emile Holba ©Emile Holba“La technique inventive de Perretapporte des fondements solidesà un nouveau type de jazz, ce quilui permet d’enrichir, de façonsingulière, la profusion du genre”sence brute par des ambiances immersives (Cosmonaut), il ne perd en rien lafinesse de ses volutes spiralées dont les extraordinaires InsideSong, Birth ofAphrodite et Heavy Dance sont des exemples stupéfiants. La technique inventive de Perret apporte des fondements solides à un FREE (Compagnie Electricnouveau type de jazz, ce qui lui permet d’enrichir, de façon singulière, la pro- Epic) Dans son nouvel albumfusion du genre. Déjà attendu à la fin de sa dernière collaboration avec TheElectric Epic, il ne sera que mieux plébiscité après une expérience solo aussi « Free »,convaincante. D’inspiration multiculturelle, héritier porteur d’un cosmopolit- Guillaume Perret nous dévoileisme musical, il semble être également un pionnier aventureux, futur soclecréatif de générations à venir. l’essence de sa musique.Plus d’informations sur Guillaume Perret : http://guillaume-perret.fr/ ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 47


https://tropare.bandcamp.com/


50 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017DNOETRCEoCeOuUrPCHRONIQUES ALBUMS & Singles“la nuitSE LèVE” AL’TARBA le grand retour Al’Tarba, un beatmaker qui s’écoute, se conte et se raconte. En crew (avec Droogz Brigade) comme en solo, le toulousain est de ceux qui s’étendent en bon, en barge et surtout en travers. De l’arbre du hip hop, il en constitue l’une des branches les plus tordues. Tout comme l’est son imaginaire sonore et visuel empli de pop culture gore imbibée d’hémoglobine. Son album à venir, La Nuit se Lève, n’est pas pour nous rassurer sur la haute teneur en violence poétique de son subconscient saturé. À nos risques et périls, peut-être… pour notre plus grand plaisir, définitivement ! Jonathan Allirand Pour lire un QR Code, il suffit de télécharger une application de lecture de QR Codes. D’ouvrir l’application et viser le QR Code avec l’appareil photo de son téléphone mobile et l’application lance l’écoute de l’album.


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